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La fin L'évolution de l'informatique

Bob Worrall, CIO, Sun Microsystems, Inc.Bonjour à tous les lecteurs d'Inner Circle,

Le nombre d'e-mails reçus en réponse à mon billet mensuel est le meilleur indicateur de l'intérêt suscité par cette colonne. Et à cet égard, mon article de juin 2008 intitulé « La fin de l'informatique : une vérité qui blesse ? » a indubitablement touché un point sensible.

Je me propose donc de revenir sur certains commentaires que m'ont adressés des lecteurs du monde entier, en m'efforçant de préciser mon point de vue sur cette question. Les réactions de différents lecteurs ont parfois été regroupées en thématiques communes, et l'anonymat de ces lecteurs a été préservé.

Commentaire de lecteurs : Les services dont vous parlez n'existent pas encore, et je ne suis pas tranquille à l'idée de confier mes données à un prestataire externe.

Réponse de Bob Worrall : Il y a plusieurs idées dans ce commentaire. En ce qui concerne le premier point, il suffit de consulter par exemple le site asp.thelist.com, http://www.asp.thelist.com qui recense 3084 fournisseurs de services centrés sur cette activité. Conclusion : bien qu'encore émergent, ce secteur d'activité existe bel et bien.

Quant à l'externalisation de vos données, je m'en tiendrai à l'exemple, déjà évoqué dans ma lettre de juin, des services de gestion de paie. À ma connaissance, aucune grande entreprise ne gère plus son propre système de paie — alors qu'on ne compte plus les prestataires offrant des services de paie sécurisés à des acteurs industriels estimant que cette activité ne fait pas partie de leur cœur de compétences.

Peut-on imaginer des données plus sensibles que les renseignements personnels recueillis sur les employés — adresse du domicile, numéro de sécurité sociale, etc. ? D'ailleurs, lorsque je demande à mes interlocuteurs pourquoi ils jugent acceptable d'externaliser ces informations, mais pas leurs données CRM, ils sont bien en peine de me répondre. Ce nouveau secteur d'activité a certes besoin de mûrir, de développer son marketing et d'affirmer son image de marque — ce qui n'empêche d'ailleurs pas certains fournisseurs aux reins solides de réaliser un chiffre d'affaires d'ores et déjà considérable.

Commentaire de lecteurs : Ce nouveau modèle confère-t-il un avantage concurrentiel aux organisations informatiques qui l'ont adopté ?

Réponse de Bob Worrall : Les organisations informatiques qui adoptent des solutions de type service pour leurs applications seront à même de mettre en place ces applications beaucoup plus rapidement que celles qui optent pour un développement et un support en interne. La plupart des applications métier exigent plusieurs années-hommes — voire plusieurs décennies-homme — de développement. Tandis qu'avec un prestataire, le service pourra être opérationnel dans les 20 jours suivant la signature du contrat. Les organisations informatiques qui choisissent cette stratégie seront donc capables de s'ajuster plus rapidement aux besoins métiers de l'entreprise - et, par conséquent, à l'évolution de son environnement économique.

De plus, les divisions informatiques qui optent pour ces nouvelles solutions de type service bénéficieront d'un modèle de coût plus économique, ou du moins plus flexible. Fini les coûts fixes liés aux développeurs, aux datacenters et aux infrastructures associées. Au lieu de cela, chacune sera libre de sélectionner la solution la plus avantageuse pour couvrir les besoins métier de l'entreprise, en procédant éventuellement par enchère inversée pour identifier les prestataires les mieux placés. Et dans la mesure où les services seront facturés selon un coût unitaire, leur facture informatique pourra varier en fonction de la demande — ce qui est tout simplement impensable avec les actuels modèles informatiques à forte intensité capitalistique.

Enfin, cette stratégie favorise la mobilité. À l'heure actuelle, la plupart des organisations informatiques édifient un puissant pare-feu autour de l'entreprise et de ses applications — qui s'avèrent par conséquent difficilement accessibles aux collaborateurs mobiles. Dans le nouveau monde que j'envisage, chaque application sera disponible via un simple URL à partir d'un navigateur et d'un terminal quelconque.

Commentaire de lecteurs : Je souscris pleinement à l'idée selon laquelle le modèle orienté services constitue la bonne orientation pour l'avenir. Mais je voudrais vous faire remarquer qu'en Afrique, le coût et la disponibilité de la bande passante sont tellement problématiques qu'il est bien souvent impossible d'héberger des applications hors site, dans la mesure où les seuls coûts d'accès excéderaient alors le coût des applications proprement dites.

Réponse de Bob Worrall : C'est juste. Il est indéniable qu'en Afrique — tout comme dans certaines zones du Moyen-Orient, de l'Amérique latine, de l'Inde, de la Chine et d'autres régions du globe —, les coûts de bande passante sont tout simplement prohibitifs. Cela dit, force est de constater qu'à l'échelle mondiale, ces coûts ne cessent de diminuer tandis que la disponibilité augmente.

AT&T, Verizon et d'autres acteurs majeurs investissement actuellement des milliards de dollars dans ces régions, qui représentent à leurs yeux des gisements inexploités de revenus potentiels. Les services d'application et les services de trafic Internet qui les supportent sont appelés à exploser. Votre objection reste valable mais, selon moi, elle s'inscrit dans un calendrier d'évolution bien délimité et ce problème devrait se régler à relativement court terme.

Commentaire de lecteurs : Notre organisation informatique se heurte à un mur : nous avons bien compris l'enjeu, mais les divisions métier ne suivent pas.

Réponse de Bob Worrall : Ne cherchez pas à faire la révolution. Planifiez plutôt une série très progressive d'étapes et d'événements qui vous permettront de tester cette technologie avec un minimum de risques. Choisissez pour cela un service présentant peu ou pas d'incidence sur les revenus, en évitant soigneusement les domaines perçus comme sensibles par les organisations métier. Identifiez ensuite un fournisseur de services offrant de bonnes références, mettez-le prudemment à l'essai, et communiquez sur la réussite de l'opération en termes d'avantages métier.

Avec le temps, vous viendrez à bout des sceptiques. Commencez par trouver des sympathisants au sein des entités métier. Les domaines que vous pouvez cibler sont très nombreux — y compris dans les organisations informatiques les plus classiques.

Commentaire de lecteurs : Je suis un jeune diplômé : que me conseillez-vous de faire ?

Réponse de Bob Worrall : Voilà précisément le type d'évolution dont nous parlons. Beaucoup d'entreprises mettront des années ou même des décennies à parvenir au stade que nous venons d'évoquer — tandis que les plus progressistes y arriveront sans doute plus rapidement. La disparition totale de l'informatique n'est peut être pas imminente, mais elle est inéluctable.

Si vous êtes diplômé en informatique ou dans une discipline corrélée, plusieurs éventualités sont à étudier. Tout d'abord, compte tenu du calendrier d'évolution évoqué plus haut, certaines entreprises auront des postes d'informaticien « classiques » à pourvoir pendant quelques années encore. Si c'est le type de rôle qui vous attire, il n'y a donc pas lieu de vous alarmer pour le moment. Il vous suffit de vous diriger vers les entreprises les moins progressistes dans leur stratégie informatique — à moins que vous n'envisagiez de travailler pour l'un des fournisseurs de services.

L'autre option à envisager est naturellement de concentrer votre formation et vos compétences sur les rôles qui vont prendre de l'importance dans le nouvel environnement que nous venons d'esquisser. Je pense en particulier aux fonctions liées à la gestion des fournisseurs (pour ceux qui s'intéressent aux domaines des contrats, de la négociation, des accords SLA, etc.), à la sécurité sous tous ses aspects (de plus en plus cruciale avec le développement de modèles de sécurité fédérée entre fournisseurs) ou à l'action commerciale (y compris l'analyse des systèmes commerciaux, les communications et la gestion des programmes).

Pour conclure, permettez-moi de vous dire combien je me réjouis de ce dialogue actif avec les lecteurs d'Inner Circle. Continuez surtout à m'adresser vos questions et vos idées... et rendez-vous dans une prochaine lettre !

Bob Worrall
CIO, Sun Microsystems
cio@sun.com